EXERCICES SPIRITUELS DANS LA RUE - DES PARTICIPANT(E)S RACONTENT1. DANS LES RUES DE NÜRNBERG (Sœur Petra Bigge - 2003)2. EXERCICES DANS LA RUE (Jean Lecuit S.J. - 2003) 3. LES GENS DES ORDRES DE MÜNSTER VONT À BERLIN (2001) 4. EXERCICES SPIRTUELS DANS LA RUE (Christiane Wiesner - 2003) 5. BERLIN ME FIT OTER MES CHAUSSURES (Sœur Klara Maria Breuer SMMP - 2004) 6. DES EXERCICES SPIRITUELS DE RUE EURENT LIEU A FRIBOURG FIN OCTOBRE 2004 (Christoph Albrecht S.J. - 2004) 7. MERVEILLEUX EXERCICES DANS LA RUE - SALUT DANIEL (Urban Heck - 2004) 8. EXERCICES DE RUE A NUREMBERG (Joseph Mumbere Musanga - 2005) 9. EXERCICE DANS LA RUE - C'EST FOU ! ! ! (Brigitte Reeb - 2005) 10. RENCONTRER DIEU DANS LA RUE (2003)
DANS LES RUES DE NÜRNBERGLors de mes méditations dans les rues de Nürnberg, j'allais un après-midi devant la prison, tout proche du bâtiment. Plusieurs participants en ont rendu compte, je voulais simplement m'imprégner de ces murs. Lorsque je m'approchais, je vis la porte des visiteurs ouverte. Quelques personnes étaient assises à l'ombre des arbres et trouvaient la un rafraîchissement dans la chaleur de l'été. Je m'assis également sous un arbre. Sur un petit mur j'observais les allers et venues. Des femmes et des hommes sortaient puis s'entretenaient, frustrés, excités, épuisés, fatigués. J'ai été frappée par un homme plus âgé, il était habillé tout en blanc et faisait l'aller et venue devant la grande porte. Soudain on l'appela à l'intérieur, il ressortit rapidement. J'observais que beaucoup d'employés entraient et sortaient, des changements d'équipe, repos mérité pour les uns, reprise du travail pour les autres. J'observais leurs visages, où ils allaient, avec quelles voitures ils s'en allaient. Je me proposais d'aller plus près de l'espace visiteur. Lorsque je me levai l'homme en blanc vint à mon encontre et me demanda qui j'attendais. Je lui répondis : « je cherche Dieu ». Il dit : « je viens juste de racheter chèrement mon fils, attendez encore quarante minutes il va venir. Vous pourrez venir chez nous, la pension complète est gratuite et vous pourrez travailler dans mon restaurant. Je vais tout vous montrer ». Je répondis que j'avais du temps demain et après-demain. Il dit que c'était trop court, je devrais rester six mois pour voir si ça me plairait. Déjà en rendant compte à la communauté de Kombaris, cela m'apparût clair : Dieu m'a parlé à travers cette rencontre. Aujourd'hui encore ces mots résonnent dans mes oreilles : « j'ai racheté chèrement mon fils... dans quarante minutes il sera là ». En regardant ma montre, je remarquai que dans exactement quarante minutes la messe commençait. En ce temps de l'avent Il veut aussi venir en chacun de nous. Nous sommes aussi des rachetés, des chèrement rachetés ; des enfants de Dieu libres... Sœur Petra Bigge 2003
EXERCICES DANS LA RUE« Ôte tes sandales de tes pieds, Cinq compagnons de la province font les exercices dans la rue. Un jour, pendant son travail, Moïse remarque un phénomène étrange : un buisson brûle sans se consumer. Poussé par la curiosité, il s'approche et est invité à se déchausser car le lieu où il se trouve est « une terre sainte ».
Christian Herwartz, prêtre ouvrier au chômage habitant Kreutzberg, un quartier défavorisé de la ville, et sa communauté (ils sont trois) partage le vécu et le logement avec une dizaine d'hommes de la rue. Un jour, quelqu'un lui demanda de faire les exercices dans sa communauté, il fait le récit de cette aventure dans l'annuaire de la compagnie. (2002 p.108-112). Plusieurs compagnon connaissant Christian de longue date lui ont demandé de les accompagner pendant les exercices en juillet 2003, comme il le fait en Allemagne. Il fallait trouver un lieu où vivre ensemble pendant huit jours. Bruxelles et les locaux du 132 rue de la Poste étaient la solution la plus facile. Christian nous a proposé de partir dans la rue : Comme il l'écrit dans l'article cité plus haut ; il nous a invités à écouter notre voix intérieure et à nous laisser conduire. Chacun éprouve une peur à certains endroits. Par exemple, beaucoup ne peuvent s'approcher que lentement d'un attroupement de drogués, ou même se sentent contraints de rester à distance. Quand quelqu'un parvient à retenir sa respiration et rester, il commence à se déchausser. Il se constitue alors une sorte de « composition du lieu » pour la méditation et la prière aurait dit Saint Ignace. Ce lieu est différent pour chacun, et il faut parfois errer plusieurs jours dans la ville avant de le trouver, qui à la fois nous intrigue, nous excite et nous attire, pour commencer à enlever les chaussures à distance ou après une fuite, devenir sensible, comme Moïse, à l'écoute de ce qui est : « son peuple dans la misère » et dont : « il connaît les angoisses ».(Ex 3,7). Pour l'un ce fut le Petit Château, pour un autre ce fut successivement le 127 et 127bis (place de rassemblement de demandeurs d'asile à l'aéroport), au terme d'une longue marche en suivant le boulevard de Dixmude avec ses femmes et hommes de l'Est de l'Europe ou de l'Afrique qui attendent, comme dans la parabole des ouvriers sur la place, qu'une voiture s'arrête pour leur offrir du travail. Pour un troisième ce fut la rencontre d'hommes à la rue au centre-ville. Les deux derniers trouvèrent un banc, l'un dans un parc, l'autre à la cité Hallemans dans le quartier des Marolles. Le soir nous célébrions l'Eucharistie ensemble avec Christian et Jacques Enjalbert, un scolastique français qui avait fait cette retraite à Berlin l'an dernier et venait se former avec Christian. Après le repas qui suivait, nous partagions le vécu de la journée longuement. Chacun prend par à l'impuissance de communiquer de ceux qui se trouvent de part et d'autre d'un mur ou de grillages (comme au 127-127bis du Petit Château). C'est l'impuissance de Jésus sur la croix, qui ne peut plus qu'être là, présent à la souffrance et aux aspirations les plus intimes et les plus sacrées de tous ceux qui l'entourent. Chacun participe à la bruyante amitié des polonais expatriés, réunis sur un banc voisin avec leurs boîtes de bière bon marché, à l'accueil amical, et à la « manche » partagée équitablement par ces hommes à la rue qui apostrophent les passants avec humour ; mais aussi à la prière du noir brésilien, lui aussi sans toit, en appétit de lire la Bible. Les peurs de ceux qui attendent un travail près du Petit Château, dès que pointent les camionnettes de police, leur fuite éperdue devient celle de tous : je connais leurs angoisses :la conviction de beaucoup d'entre eux, musulmans ou chrétiens, que Dieu est en nous et partout, rejoint notre propre recherche. La vie d'échecs d'une femme de milieu modeste venue se détendre sur un banc dans un parc, qui raconte sa souffrance à quelqu'un qu'elle ne connaît pas et qui ne la connaît pas ; celle, le lendemain, de cette autre femme, du même milieu, passant sur ce même banc, qui a choisi le célibat pour être plus disponible aux siens, et pleine de projets, habitent désormais le coeur de chacun. « Celui qui médite n'est pas toujours interpellé ». On porte alors le désarroi de celui qui prie et ne trouve pas , ou bien sa contemplation, par exemple celle de ces femmes et de ces hommes qui montent et descendent sans cesse entre rue Blancs et rue Haute, des gestes d'amitié ou d'entraide, des enfants qui jouent. Dans cet échange, Christian, mais aussi chaque membre du groupe, avec une grande prudence, révèle aux autres ce qu'il perçoit de son expérience et lui suggère un pas à faire, un texte à lire, une écriture à méditer, le lendemain selon qu'il sentira ou non si cette démarche ou ce texte l'aideront à faire mûrir les fruits de sa prière. La gratuité de la démarche creuse, au fil des jours l'abandon à Celui qui est, les sandales qui se dénouent petit à petit pour que le coeur s'ouvre aux invitations et aux questions qu'adressent celles et ceux qui nous voient arriver dans leur vie : qu'est-ce que tu fais ici ? Je cherche Dieu, ou bien tu écoute comme un prêtre, je le suis. Et de longs dialogues, parfois se nouent à propos de Dieu et sa place dans nos existences. La vie intime des oubliés d'une ville commence alors à faire partie de notre propre chair et en une prière sourde : « Je te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout petits. Oui Père ainsi il t'a plu ». (Lc 10,21). Ne sommes-nous pas là face au mystère de la communion entre le Père et le Fils ? Dans cette prière , Jésus n'exprime-t-il pas qu'en son humanité, il vit son intimité avec le Père dans la communion à l'intelligence des choses de l'Homme les plus importantes. Tout particulièrement aux sans voix, au sens premier du mot « nèpoi », traduit le plus souvent par : tout petits ? « Oui le Seigneur est en ce lieu, et je ne le savais pas ». (Gn 28,16). Après ce long chemin de Jérusalem à Emmaüs où se découvre le sens des Ecritures : « après L'avoir reconnu dans ses frères ». (Mt 25,40). Que faire sinon le chemin inverse ? Là ils écoutent leurs amis restés à Jérusalem leur dire :c'est bien vrai, Il est vivant, Il s'est fait voir à Simon. Et eux de raconter ce qu'ils avaient vécu, ils parlaient encore quand Il se tint au milieu d'eux. Nous avons donc terminé ces huit jours au Poverello, rue Verte pour écouter ce qui s'y vit et raconter ce que nous avions vécu. Nous avons expérimenté que nous rencontrions, eux et nous le même Jésus, et que : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom Je suis au milieu d'eux » (Mt 18,20). A la fin de notre dernière rencontre du soir, dans la maison au 132 rue de la Poste dont nous occupions deux chambres en plus de la cuisine, une pour dormir tous ensembles sauf deux sur le sol, et l'autre pour y manger et nous réunir le matin et le soir ; nous éprouvions avoir vécu une expérience qui nous a rappelé celle des premiers compagnons. Un d'entre nous a même dit au fond, ce que nous avons vécu ne doit pas être très différent de ce qu'ont dû vivre les premiers compagnons qui squattaient les maisons en Vénétie. Après l'été nous réfléchirons aux moyens d'offrir ce don à d'autre compagnons, si possible dès l'an prochain, dans une nouvelle session d'exercices spirituels dans la rue. Jean Lecuit S.J.
LES GENS DES ORDRES DE MÜNSTER VONT À BERLINDes exercices spirituels dans un logement de secours pour sans abris à Kreutzberg, c'est sous cette forme d'aventure moderne que s'engagent cinq hommes et deux femmes, invités par le groupe « gens des ordres contre l'exclusion » de Berlin. Sœur Maria Petra Tollkröter rapporte sur l'intrusion religieuse en milieu inhabituel. Berlin-Kreuzberg, parc de Görlitz. « On t'a attendu » me saluent joyeusement deux sans logis éméchés. Ils m'offrent de la bière et une place sur leur banc. On engage le dialogue sur ceci ou cela, rien d'extraordinaire. Mais malgré tout cette scène arrive tout soudain, tout-à-fait simple, légère , mais vraie. Ces deux du parc de Görlitz, n'ont pas, ou plutôt plus, le stress du devoir faire bonne impression. Ils parlent comme ça leur vient, naturellement, directement et ils m'aident à le faire, jusqu'à ce que je ne l'oublie plus. Nous avons dormis dix jours dans ce logement de secours pour sans abris. Chaque soir nous partagions les expériences. Le point de référence était le récit du buisson ardent. Dieu ouvrit les yeux de Moïse sur son vécu quotidien au travers d'un buisson inutile, sec, plein d'épines et sans fruits. Il déclare l'endroit où il se tient « terre sainte », et enjoint Moïse de quitter ses sandales, de se rabaisser, d'abandonner la sécurité du pas de la marche, pour vraiment sentir le sol, regarder son monde, sa réalité, comprendre et découvrir ce qui le motive. Nos hôtes nous avaient listé quelques lieux de terre sainte de Kreuzberg. Ce sont des endroits où se retrouvent les exclus de notre société. Trottoirs, prison, bureaux d'aide sociale, offices du travail, soupes populaires, emplacements pour drogués, pour s'approcher, sentir ce que j'éprouve, ce qui me lie avec ce que « je sais »en tant que chrétienne : Dieu est en chacun d'eux présent. Pour chacun de nous l'endroit de cette terre sainte fût différent. Ce qui me marqua pendant ces jours c'est avec quelle intensité Jésus entre en contact avec l'Homme, bien qu'il soit si différent de lui. Où est le point de rencontre avec des sans logis, où l'on dépasse le fossé qui sépare et qui semble si naturel entre nous ? Où est l'endroit de l'être avec, en dehors de tous obstacles, de toutes barrières que nous, être humains avons nous-mêmes érigés entre nous ? C'est avec toutes ces questions que je partais dans les rue de Kreutzberg. Une fois une mendiante m'invite à m'asseoir près d'elle, sur les marches de la cathédrale Sainte Hedwige. Nous échangeons quelques mots, ses yeux d'ordinaire sans expression s'illuminent tout à coup, le contact est là. Ensuite elle me met onze pièces dans la main pour que je puisse aller lui chercher un café ? Elle ne me connaît pas, et me confie après quelques minutes une partie de sa petite fortune. C'est un moment qui me bouleverse. Ce n'est pas moi qui avait quelque chose à donner à cet être humain, mais au contraire, c'est elle qui m'offre silencieuse, discrète et sans contrainte. Cette rencontre et bien d'autres avec « les pauvres », les exclus furent par leur discrétion, leur simplicité, si touchantes, qu'elles furent pour moi le buisson ardent. Il y a une différence incommensurable si « je sais » que Dieu est présent en chacun de nous, ou bien si je le sens une fois concrètement, je l'éprouve, je le vis. Je peux connaître une infinie quantité de choses sur la consistance du vin, c'est seulement lorsque je le goûte, que je sais vraiment ce que c'est que du vin. Au cours de ces dix jours d'exercices spirituels dans les rues, de ces battements de cœur comme je les appelle, ma perception et mon regard sur les sans logis s'est fondamentalement transformé. En outre, ils m'ont apporté une solidarité, en plus de mon rôle professionnel, une solidarité accrue pour les situations dans lesquelles les êtres humains se retrouvent dans l'exclusion.
Paru dans le journal de rue à Münster « Dehors ».
EXERCICES SPIRTUELS DANS LA RUEDans l'église Saint Michel de Berlin-Kreuzberg, nous sommes assis avec pour thème : le Christ qui agit sur moi de manière si désemparé. Nous remplissons le centre du cercle que nous formons avec des symboles récoltés au cours de ces dix jours d'exercices. Un mégot de cigarette, deux poignées de poussière sale de la rue, un tas de toutes les couleurs de brun, un couvercle d'une boîte de bière, la ristourne de deux bouteilles de bière, du gravier, une paire de mains ouvertes (vides ?), deux peids curieusement nus. Nous sommes neuf participantes et quatre accompagnatrices, toutes si différentes à la recherche du propre moi dans la rencontre avec l'autre, à Berlin-Kreuzberg. Porteur de symbole le banc de la place de l'Oranie l'est aussi, où ceux-ci s'étaient assis, ils y ont peut-être laissé un mégot, un couvercle de boîte de bière. Ou bien encore les dessins restés sur cette façade de maison non loin de la gare de l'Est on peut y lire : LA FRONTIERE SUBSISTE NON PLUS ENTRE LES PEUPLES MAIS ENTRE LE HAUT ET LA BAS. BORDURES, FRONTIÈRES ET PASSAGES Être en route. Je marche comme si j'avais perdu quelque chose, comme un chien errant. Ou bien y a-t-il une raison qui sous-tend mon chemin errant ? a-t-il un but ? Les lieux se prennent comme ils arrivent, au fil du chemin. Je ne dois pas les chercher avec frénésie. Cependant les décisions ne sont pas absentes, sinon je ne vais pas plus loin. Parfois, il n'y a pas d'alternative, de demi-mesure. Aux feux, c'est stop ou avancez ! Arrêter, souvent c'est pas vert, seulement rouge : arrêt. Mon aspiration est souvent liée à la peur du changement. Quels sont les lieux où je peux m'ouvrir ? L'ouverture implique une état de vulnérabilité. Si souvent les frontières sont dépassées sans autre, dans l'indifférence, sans sentiment de vis-à-vis, sans interrogation. A cause de cela ou plus exactement c'est pourquoi je veux et dois rester dans cet état de vulnérabilité, parce que là où c'est dur comme du béton rien ne peut pousser. « Amour » est écrit en grand sur le mur d'une maison. Salle de repos à la Charité (hôpital de Berlin). Nous mesurons la maladie à notre mesure de ce qui est sain, en bonne santé et pas l'inverse. Peut-être est-ce pour cela que le « normal » est si étriqué. Espace de l'adieu, à travers les couloirs blancs stériles je sors. Les gens devant l'hôpital sont tranquilles, parfois on lit la souffrance. L'église du souvenir ne me paraît pas être un lieu de l'esprit et du silence, pour moi l'intérieur n'est pas assez élevé par rapport à la douloureuse différence avec le dehors. Place de Strausberg, avenue du 17 juin, Staline allée sont des rues imposantes ou il y a encore bien de l'époque de la République Démocratique d'Allemagne parmi les immeubles. Utopie de l'égalité qui déboucha sur une abolition des contradictions et des différences. « Unité » tel était le mot le plus utilisé en RDA. Tout autre, qu'il fût décadent ou surréaliste apparaissait comme une menace qui pouvait faire capoter l'unité, et fût donc muselé. C'était une harmonie induite artificielle, qui ne supportait ni contrastes, ni conflits et qui voulait, respectivement pouvait pas vivre. Des asiatiques plutot que des turcs. Pas la moindre empreinte d'individualisme ne se lisait sur les visages. On dit carrefour de l'Est, k-östlich (précieux) compris ici comme un Est cher, de valeur, on dit aussi la roue de l'Est, le vent d'Est. « Le pays dans lequel je suis né n'est plus de ce monde... » chante Hans-Eckhardt Wenzel. C'est le pays de personnes, aux murs érigés. En Roumanie je passais pour une européenne de l'Ouest, en Autriche pour une allemande et je me définis avant comme après de l'intérieur comme de l'extérieur de l'Allemagne, comme une allemande de l'Est. La différence est encore impressionnante entre la partie Ouest et Est de la ville, mais cela fait aussi une grande différence si je viens de la colline de Prenzlau ou bien de Kreutzberg. C'est bien vrai la frontière marque moins la différence entre l'Ouest et l'Est qu'entre le haut et le bas. ENSEMBLES AU BEAU MILIEU Sur les marches d'une station de métro un jeune mendie. Il demande de la monnaie ou un billet de transport encore valable. Spontanément je lui procure un peu de monnaie et un billet encore valable. Péniblement je reviens en arrière et lui demande un peu l'air de rien, pourquoi il est là et à quoi va servir la monnaie ? Par intérêt, pur intérêt, je ne peux le vouloir, cela ne se laisse pas provoquer. Il en va de même que ce soit pour l'amitié ou plus encore pour l'amour. Ce sont des cadeaux, pas des plans ou des calculs. On commence à discuter. Il me demande pourquoi je suis revenu en arrière, ce que je fais ? Je cherche DIEU à travers des rencontres dans la rue, en dehors des murs des églises, répondis-je tremblante tout en me surprenant que je puisse répondre quelque chose. Mais c'est tout à fait dépassé me dit-il en me regardant d'un air étonné et en souriant. Le matin j'étais très indécise sur la direction que je devais prendre pour ce jour. Pas plus le chemin que le but ne semblait se dessiner. Comme les jours précédents je partais simplement. Au mieux j'aurais voulu demander à quelqu'un mon chemin, je veux dire le chemin que je devais suivre.
C'est à ce jeune homme que je devrais le demander. Je vais en direction du parc de Treptow. Je pars sans sac et mon allure - pour ce finalement long chemin- me rappelle celle d'une personne qui vaque souvent autour des boîtes aux lettres. Un beau et libérateur sentiment. Imposante allée Pappel, tranquille pelouse au beau milieu de la ville bruyante. Un coin tranquille, je devine ce que cela pouvait signifier pour mon guide, un beau lieu c'est... La construction métallique du parc de Görlitz. De loin on dirait une église penchée. De plus près je reconnais par le parallélisme des traverses qui la renverserait. Elle tient debout par la force du raisonnement... Des règles régissent souvent notre vie en commun, elles gênent quand on s'en tient à la règle sans en sortir. Il manque alors la productive instabilité, la vie qui est possible seulement avec des dépassements de frontières ou de la nécessité de la règle. Les frontières et les règles de nos exercices nous les fixons dans une large mesure nous-mêmes. Elles sont différemment observées que lors d'exercices silencieux. L'exigence ne repose plus sur le retrait du monde mais sur le beau milieu de la vie, sur la route justement. Notre groupe en consiste pas en meneurs et en suiveurs. Notre vie communautaire, petit déjeuner, repas du soir, messe, départ du matin, dialogue du soir, fonctionne par toute notre différence, en dehors de l'habituel schéma de pensée et de comportement. Pas d'armoire à penser avec sa finalité de jugement et de la destructrice hiérarchie. Dans le groupe on vit en simplicité, pris comme sur la route. On rencontre l'autre d'une autre manière ou égal signifie de même valeur ou de même droit, et non pas supérieur comme valeur intrinsèque d'une autre manière. Aux débuts de nos exercices il y avait l'histoire de Moïse de la voix entendue du buisson ardent. Moïse est curieux, il prend son temps, reste et écoute. J'ai des attentes et des idées précises sur comment je dois entendre le buisson ardent, et je peux rarement accepter que cela n'aille pas comme je veux. Mon symbole de ces exercices sera le gravier qu'on répand encore et toujours dans les rues de Berlin. Pas de pierre puissante de choc qui laisse un sentiment de nouvel-an, de bonnes résolutions à la fin de ces jours, non. De ridicules petits cailloux à peine visibles, qui pourtant m'ont contrainte de rester debout, à observer, à écouter, à regarder. Je devais et voulais prendre du temps pour ces petits cailloux dont j'ignore les éraflures quotidiennes, qui me blessent les pieds jusqu'à ce qu'un jour, ça n'aille pas plus loin.
Christiane Wiesner
BERLIN ME FIT OTER MES CHAUSSURESExercer le regard et l'écoute avec respect. Tel était le but de ces exercices de rue à Berlin. Depuis trois ans les gens des ordres contre l'exclusion nous invitent à vivre ces jours dans la capitale. J'étais très curieuse à l'idée de vivre comment la métropole avec sa vie pulsive et contradictoire pouvait devenir un lieu de rencontre avec Dieu, une terre sainte. Le premier jour, par un beau matin ensoleillé, mes pas me conduisent vers un banc dans le quartier de Kreutzberg. En tant que femme des ordres on ne me reconnaît pas car je suis habillée en civil. Au bout d'un petit moment une femme turque s'assoit près de moi. « ça fait quatre ans que je vis ici » me raconte-t-elle. Sa manière amicale et chaleureuse me parle; elle me fait déchausser. Enlever ses chaussures, cette image de la rencontre de Dieu avec Moïse par le buisson ardent se révèle être un fanion rouge au cours de ces jours. Dans cette histoire Dieu se révèle dans une pousse peu invitante et piquante. Au travers du buisson Moïse entend l'appel : « Enlèves tes sandales, car le lieu où tu te trouves est une terre sainte ». Christian Herwartz, jésuite, un des accompagnants des exercices dans la rue expliqua cette image dès le premier jour. Enlever ses chaussures cela signifie : ne pas passer par dessus les autres, toucher avec ses pieds nus la réalité souvent épineuse, pour chercher dans ses propres blessures et ses aspirations personnelles et extérieures les voies d'une vie bien remplie. Tout d'abord un mode de vie simple nous aide à nous en approcher en ces jours de vérité, en marge des groupes de gens debouts, bien portants. Notre logement de nuit se trouve dans la cave de la Paroisse Saint Michel, cet endroit est ouvert en hiver aux sans logis. Pour la prière personnelle nous allions soit dans l'église paroissiale, soit dans la chapelle des Franciscaines juste à côté. Nous prenions les repas en commun dans la salle paroissiale, c'est aussi ici que nous disions la messe du soir et que nous faisions la mise en commun en petit groupe. Nous sommes quatre femmes et cinq hommes à participer aux exercices dans la rue en cette caniculaire semaine d'été. Viennent s'ajouter nos accompagnants, deux jésuites, et deux femmes consacrées. Lors du premier petit déjeuné nous étions avec quelques hôtes qui pour ainsi dire nous passaient le témoin. Le moine bouddhiste Heinz-Jürgen un homme et une femme racontaient leurs expériences au cours de ces jours bénis. Ils avaient vraiment vécu plusieurs jours dans la rue. Ils ont vécu la richesse incroyable de la communication sans mots : un regard, un geste. Tout cela j'allais le vivre les jours suivants. LES ETAPES DOULOUREUSES « Parfois il arrive qu'il y ait des étapes douloureuses dans l'apprentissage de la connaissance de soi ». C'était écrit dans le texte d'invitation des organisateurs de ces exercices. Je ne le vécus pas lors de la rencontre avec cette femme turque, mais au deuxième jour de mon séjour berlinois lors de la visite de la soupe populaire des franciscains pour les sans abris du quartier de Pankow. Je veux donner un coup de main en lavant les légumes et en épluchant les fruits. Mais voilà qu'on me remets mes souliers. « On n'a pas besoin de vous ici, il y a déjà assez de personnes pour aider » me dit-on. Je vais donc m'asseoir avec les gens qui attendent ces repas. Et là je reçois la deuxième leçon importante du jour : être invité c'est un cadeau. On ne peut être que sur la place du marché, nous tenir ouverts, prêts. Si nous devons être invités ou non, ce n'est pas notre affaire. Sur ce point Christian nous rendait attentifs dès le début des exercices. Finalement je fus tout à fait officiellement invitée. Par Martha une femme de plus de 70 ans m'interpelle et m'invite à m'asseoir près d'elle. Peu à peu je découvre en moi la valeur qu'est le cadeau de cette rencontre. Après la soupe elle m'emmène dans ses lieux de fréquentation quotidienne. Le bureau du logement, le parc, le coin du café pour les aînés de la mission évangélique. Elle m ouvre la porte du contact avec ses amies et amis, les troisième et quatrième jours j'étais déjà presqu'une vieille connaissance à la cuisine de la soupe populaire. Je commence à ressentir son angoisse, sais petit à petit ce que cela signifie, faire la queue. Je suis reconnaissante pour ce repas et le sandwich. Je le sens c'est un lieu saint. Un autre lieu saint fût la tombe du pasteur évangélique le docteur Joachim Ritzkowski. Il a écrit un livre sur les sans abri. A vrai dire je voulais le rencontrer, mais c'est dans son église que j'appris qu'il était mort. A son initiative il fût errigé une tombe pour les pauvre et les sans logis dans le cimetière paroissial. Lui-même voulût y être enterré. Une femme m'y conduit, la tombe est parsemée de fleurs et d'épis je lis un écriteau sur la tombe où il est écrit : je vis vous devez vivre aussi. C'est ainsi que me dit cet inconnu à travers peu de ce que je sais de lui, combien ma vie est précieuse. De même que celle des gens qui fréquentent la soupe quotidienne. Comme Martha qui fût en quelque sorte mon guide au fil de ces jours. Manges encore quelque chose me dit-elle, elle veut partager sa recharge de salade de chou-fleur. J'hésite, mais après j'accepte l'invitation ; elle est un cadeau ressenti très profondément. Sœur Klara Maria Breuer SMMP
DES EXERCICES SPIRITUELS DE RUE EURENT LIEU A FRIBOURG FIN OCTOBRE 2004Qui se souvient de mon rapport sur des exercices du même genre à Bâle ? C'était en octobre 2003. Cette année les accompagnateurs étaient Mathilde Roentgen, Maria Sinz, Christian Herwartz SJ et moi-même. Les carmélites nous reçurent pour les dix jours dans quatre chambres d'hôtes. C'était étroit et nous devions utiliser les pièces pour toutes nos activités, repas, messe, mise en commun, repos nocturne, ce qui demandait tolérance et retenu pour tous. Quotidiennement nous avions une temps en commun ou le dialogue était nécessaire. Le petit déjeuné à huit heures, de temps à autres les matines à neuf heures dites par une participante. À cinq heures messe, suivie du repas et de la mise en commun en petit groupe vers sept heures : Le reste du jour chacun l'organisait à sa guise. Cette fois-ci huit femmes participaient. Pour l'accompagnement on fit deux groupes accompagnés chacun par un jésuite et une sœur. Cette année encore les participantes furent conduites pas à pas dans les exercices. Tout d'abord elles furent encouragées à appeler Dieu selon leur aspiration dans le salut et la filiation. Ensuite à sillonner la ville en enlevant intérieurement leurs chaussures. Enlever ses chaussures, cette image est empruntée à la bible dans l'exode chapitre trois. Moïse, un pâtre dans le désert du Sinaï vit un jour ordinaire quelque chose d'extraordinaire : un buisson qui brûlait sans se consumer. Il est curieux et s'approche pour voir. Là une voix lui enjoint : Enlèves tes sandales, tu te trouves sur une terre sainte. Parce que la vie est l'aspiration originale, la vitalité fondamentale que tu ne connais pas, parce que Dieu veut te parler. Moïse entend alors du nouveau sur l'esclavage de son peuple, et par là-même sur sa propre détresse refoulée, et comment il va jouer un rôle important sur le chemin de sa la libération. Retirer ses chaussures c'est une image de l'état de disposition à écouter avec respect. La distance par la protection des bottes est effacée, tout comme la prétention d'avoir les plus belles ou bien les meilleures l'est aussi. La réalité souvent épineuse est foulée par des pieds nus et par là-même, ses propres blessures pour chercher dans ses propres ou étrangères aspirations les voies d'une vie accomplie. Enlever ses souliers c'est le début, au beau milieu du monde des idées préconçues et des jugements, par une non connaissance d'un devenir plus respectueux de la vérité de l'Homme, de l'écouter aussi contre notre propre histoire ou futur ; furtivement écouter, voir, sentir, goûter au devenu saint lieu de l'attention. C'était la première fois que j'entendais des choses si fortes. Comme dans les paramètres d'une rencontre ou vite fait on a la confiance pour la nécessaire ouverture ; ici c'est un participant qui s'ouvre dans ce groupe, avec lequel il induit une fois encore une toute autre force salvatrice. Une participante raconte ce qu'elle a vécu avec la pleureuse (une statue en bronze dans la zone piétonne de Fribourg). Comment elle fut confrontée à ses propres expériences dans une ville où il est interdit de mendier, où on lui a l'office du travail : « ici tout le monde trouve du travail, nous avons la situation en main. Chez nous il n y a pas de misère ». Pourquoi cette femme devrait-elle pleurer jour et nuit dans une ville où les problèmes sont résolus ? Où ai-je encore à pleurer moi-même quand dans mon quotidien je fonctionne plus que bien ? Avec ses questions elle découvrit les jours suivants quelles sont ses propres blessures ? Avec la tenue sans chaussures elle s'approcha d'un bordel. Elle regarda les femmes, la plupart des noires africaines qui voulaient se cacher devant elle. Elle saisit leur peur, leur douleur de ne pas être prise en considération comme une personne humain par les autres. Ensuite sa propre blessure lorsqu'elle était un petit enfant blessé dans son intime identité. Quelques jours plus tard elle découvrit une vierge noire dans un bas relief de l'église sainte Thérèse. Elle était aussi belle que l'était la femme esclave objet de la concupiscence des hommes, elle était tout à fait l'une d'elles. Lors de la mise ne commun en petit groupe il lui fut clairement suggéré que l'expérience salvatrice des exercices est encore plus intensément vécue si l'on peut y joindre le geste à la parole. Le dernier jour elle porta des roses aux trois endroits, où pleurer était permis. Mais voici que ce geste lui apporta encore une incroyable surprise. Comment pourrait-elle donner une rose à une statue de bronze, en ignorant l'homme assis sur sa chaise roulante, qui à ses pieds joue de l'harmonica ? Elle se laissa naturellement guider par son sentiment et lui offre la rose. Il la fixe du regard, puis lui fait un petit sourire. Et soudain... Il se met à pleurer à chaudes larmes. Le dernier jour cette femme conclut simplement avec cette phrase : « ces dix jours m'ont épargné une année de thérapie ». Christoph Albrecht
MERVEILLEUX EXERCICES DANS LA RUE - SALUT DANIELA la recherche de Dieu, je suis assis avec des alcooliques sur un banc du parc. Un homme à gauche au bout, une femme à moitié couchée au milieu, et moi à droite. Depuis trois jours je suis en quelques sorte des leurs. La femme veut dormir et se plaint qu'elle en peut pas. Je suis en train de manger une pomme et lui demande si elle veut qu'on lui chante une petite chanson pour l'endormir. Mais pendant que je suis en train de mâcher elle se me à chantonner « dors, petit enfant, dors... ». Lorsqu'elle s'arrêta brusquement, ma pomme étant finie, je commence moi-même à chanter. D'un coup elle se redresse, me regarde hagard, et me dit : « d'où la connais-tu ? » je réponds que j'ai deux enfants. Alors, elle raconte cette fois-ci parfaitement réveillée, comme si la petite chanson avait ouvert les vannes d'une écluses. J'ai cinq enfants le plus jeune est mort à l'âge de dix semaines et demies. Ils ont appelé à une heure et demi du matin : venez si vous voulez voir encore une fois votre fils. J'y suis allée en taxi, et là, ils me l'ont mis dans les bras et salut ! C'est du beau, hein ? Elle me regarde et je ne trouve qu'à dire « merde ! ». Elle répète comme si c'était un refrain : il me l'on mis dans les bras et salut ! C'est du beau, hein ? Je ne trouve qu'à répondre une fois encore « merde !». Avec les larmes aux yeux, elle parle de son fils mort, du trajet dans la nuit, comme si c'était arrivé la semaine dernière, et non pas il y a plusieurs années. Je sens que je deviens moi-même triste, que ma propre tristesse revient, ma tristesse somnolente à propos de la mort de mon neveu de dix ans Daniel. La femme interrompt son récit résignée : mais ça ne vous intéresse pas ? L'homme à ma gauche se déplace contrarié : « parlons d'autre chose ». Pour moi, ça suffit, j'en ai assez pour aujourd'hui. Je dois remercier une alcoolique du fait que je sache maintenant que j'ai un vieux compte à régler avec Dieu. Je ressens tristesse et colère pour la mort de Daniel. Le soir à la mise en commun en petit groupe je raconte, et m'interroge comment vais-je aller plus loin ? Est-ce que j'y vais ? Propositions où le chemin peut-il me mener ? Dans un clinique infantile, dans un cimetière sur la tombe d'un enfant, ou bien à l'histoire de ce David de douze ans mort dans un camp de vacances et enterré là. Le lendemain à l'impulsion du matin je dessine un labyrinthe dans la cour intérieur avec une craie. On écoute l'histoire d'Emmaüs, on va au labyrinthe et on prie là. Ensuite je vais à la station de métro , prends le premier qui passe et décide de sortir la où sortent des enfants. Mais voilà il n'y en avait pas un seul dans tout le wagon. A la station suivante, monte une famille, je la suis, et aboutis dans un petit parc. Trois jeunes jouent à cache-cache, et je dessine pour eux, avec les restes de la craie. Ils viennent me demander : « Que fais-tu là ? ». Je les laisse deviner, ça leur vient tout seul que je dessine un labyrinthe sur le bitume. Un moment après je m'assois sur le banc à côté et lis à propos de la mort du petit David. Voilà que les enfants curieux reviennent et passent par le labyrinthe, rentrant, ressortant. Je lis de ce David qu'il fut bien entouré et salué ici à Berlin, et qu'il y fut enterré. Ca me crève les yeux que je ne me suis pas correctement séparé de mon neveu. Il y a trois ans que je l'ai enterré, mais je ne m'en suis pas vraiment séparé, je suis resté pendu à ma peine. C'est alors que je vois un des jeunes qui prend les restes de la craie et écrit au milieu du labyrinthe « DÉBUT ». Oui, voilà c'est ça je suis au centre de ma tristesse parce que je ne me suis pas correctement séparé de Daniel, je dois le faire. Arrive alors sur ma gauche au même moment une femme avec un petit enfant d'un an environ. L'enfant va à tâtons au centre du labyrinthe puis viens vers moi et me fixe du regard plein d'attentes. Je dis :salut ! La femme l'appelle alors impatiente : « Daniel, vient on y va ». Je me retiens - c'est incroyable, au milieu de la tristesse de mon devoir-faire arrive un petit Daniel. Et comme si Dieu qui me pourvoit tout, voulait encore plus précisément faire signe, la femme l'appelle encore une fois : « Daniel dit adieu ». Je ressens un incroyable frisson dans le dos. Je me sens concerné. Je m'incline devant Daniel, je lui caresse vigoureusement le dos et prend ainsi congé de mon Daniel. « Salut Daniel », et le petit s'en va. C'est ainsi que j'ai confié à Dieu mon neveu, qui me protège et m'accompagne. Le lieu était une place un parc profane et en même temps ce fut pour moi une terre sainte, comme celle du buisson ardent. Maintenant encore, des mois après, losque je le raconte, que j'essaie de traduire le miracle par des mots, maintenant encore ça me bouleverse. Urban Heck
EXERCICES DE RUE A NUREMBERGFolle expérience avec Dieu au restaurant et à la JVA de Nuremberg Comme prêtre des missionnaires de Comboni, les exercices spirituels me sont familiers. Avant les derniers exercices de rue à Nuremberg, je vécus toujours des exercices silencieux, dans le calme et qui sont toujours liés à une introspection, pour découvrir en moi-même, à travers mes expériences de vie la trace de Dieu. Les exercices étaient toujours un temps fort, pendant lequel je créais une force pour mon chemin de vie. Je pense en particuliers au trente jours d'exercices avant mes voeux solennels. Ces trente jours m'ont aidé à vaincre mes peurs et mon insécurité avant le oui éternel aux ordres missionnaires. Je me suis donc rendu à Nuremberg, plein d'espoir ; ceci bien que la décision ne fut pas facile pour moi. Il y a deux j'avais entendu un rapport de mon confrère et ami Juan sur ces exercices, je ne savais rien de plus. Il y a deux je voulais y participer, mais ce ne fut pas possible. Cette année j'avais entendu dire par Juan et Brigitte qu'il y avait des exercices à Nuremberg. Mais la décision ne m'était pas aisée parce que je devais rédiger mon travail de diplôme, et j'avais deux invitations de groupes d'éclaireurs que je devais accompagner à Rome. Les uns m'avaient demandé de les accompagner dix jours dans un camps de réfugiés en Yougoslavie, les autres de les amener aux JMJ à Cologne. Difficile donc de choisir entre ces trois possibilités. Après un temps de réflexion pour trouver la voie juste, je me décidais pour Nuremberg, avec une certaine agitation intérieure, surtout si je m'imaginas les deux autres invitations comme quelque chose de plus libre, vivant et ouvert que des exercices. J'avais peur de regretter après coup d'avoir choisi Nuremberg, plutôt que la Yougoslavie, ou que Cologne. A la fin des exercices je me dis « ouais, Joseph tu as bien choisi. C'était exactement ce qui te fallait avant de retourner au Congo ». Donc, qu'ai-je vécu à Nuremberg ? Beaucoup d'expériences folles. Dans les églises, dans les rues, parmi les gens qui allaient faire leurs achats, au restaurant, à la prison, à la prière à la mosquée. Des expériences avec les gens qui faisaient les exercices, lors des mises en commun du soir, en prière, en chantant, à la messe, etc. Les jours étaient bien remplis, et je voudrais relater ici quelques unes de ces expériences. Les exercices commencèrent le vendredi 19 août au soir. Les deux premiers jours, samedi et dimanche, étaient consacrés à la mise en condition nécessaire à ce genre d'exercices. Pour moi tout commença véritablement le lundi 22. On nous donna pour point de départ le récit du buisson ardent, Exode 3, comme compagnon de route. Les points forts qui me restaient étaient au nombre de deux. Premièrement, j'appris que la terre sainte, celle sur la quelle on doit retirer ses chaussures, peut être n'importe quel endroit, en que l'on peut rencontrer Dieu dans les rues de nos villes agitées, sur cette terre sainte : ensuite, brûlait mon coeur brûlait à l'idée de répondre aux gens qui me demandaient que cherchez-vous ? de répondre à l'initiative de Christian, simplement, « je cherche Dieu ». Ca c'est développé pour moi au cours de ces exercices, et se résume finalement à -terre sainte, déchausser- pour trouver et rencontrer Dieu dans des lieux inhabituels. 1. Où puis-je rencontrer Dieu, où est la terre sainte de cette ville de Nuremberg ? Les exercices m'ont aidé à reconsidérer ce que je comprenais auparavant par terre sainte. Le lundi 22 août, après qu'il me fut relu l'épisode du buisson ardent, il ne me vint rien d'autre à l'esprit que d'aller visiter les églises de Nuremberg, pour trouver Dieu là ! Les églises étaient ma seule terre sainte. Là, on y proclame Dieu, on fête la sainte cène, là, j'étais sûr d'y trouver Dieu. C'est comme ça que je partis, et visitai tour à tour, Saint Antoine, les Rois, Saint Jacques, Saint Laurent, l'églises des femmes etc... Je parlais avec trois personnes, auxquelles je me présentait comme un cherchant de Dieu. Je ne parlais pas de mon rôle pastoral missionnaire. Je voulais me laisser enseigner Dieu par ceux qui fréquentent les églises. A la première personne à l'église Saint Jacques, je demandais où je pouvais trouver Dieu dans cette église ? Elle me répondit d'une air très surprise par ma question, quelque chose comme ça :...ouais... je ne sais pas... on ne peut pas trouver Dieu dans cette église... on ne peut pas le voir parce qu'il habite au ciel. Dans cette église on ne vient pas pour trouver Dieu mais pour le prier. Moi, par exemple, je viens ici toujours allumer un cierge et Le prier pour qu'Il protège ma famille, qu'Il aide les malades etc... Ici viennent des gens qui L'ont déjà trouvé. Pour le trouver vous devez aller ailleurs. Le dialogue avec cette femme me rendit attentif au fait que je cherchais Dieu en lieu sûr, comme les églises avec toute la liturgie et tout ce qui va avec, mais je ne comprenais pas, je ne le cherchais pas dans des lieux que je ne considérais, comme pas sûrs. Sa réponse était juste, je devais chercher Dieu ailleurs, pour ensuite venir dans sa maison Lui dire Merci, pour fêter l'eucharistie, le remercier, après que je l'aie rencontré ailleurs. Mais où était cette terre sainte ? A la deuxième personne à Saint Laurent, je posai la même question. Avec la même surprise, et d'un air affligé, le gardien de l'église me répondit à peu près ceci : c'est une question difficile... vous cherchez Dieu dans cette église à un endroit où vous puissiez le rencontrer. Je ne sais pas ce que je dois vous répondre... où je dois vous envoyer... Je crois que vous devez chercher en vous-même dans votre propre vie. Je ne sais pas, si vous êtes vraiment à la recherche de Dieu, venez jeudi soir rencontrer un expert ou un pasteur, ils pourront mieux vous aider. Je peux seulement vous parler des peintures qui parlent de la foi au cours de l'histoire de l'Eglise. La réponse de cet homme me rendit aussi attentif au fait que je devais chercher Dieu en moi-même, dans ma vie, dans l'histoire de la foi. Que je puisse moi-même être la terre sainte où je peux rencontrer Dieu fut une folle découverte, une surprise. Je croyais que la terre sainte était un lieu où l'on vivait une expérience hors du commun, extraordinaire. Mais non, moi-même, et chaque être humain peut être une terre sainte, telle était l'incroyable découverte. La troisième personne à laquelle je posais la même question à l'église des femmes, me répondit simplement ça : vous cherchez Dieu ? bien asseyez-vous là sur un banc et priez. Par cette simple réponse, la femme me dit courir çà et là, c'est pas chercher Dieu. Il faut par contre, s'asseoir et regarder en soi, parce qu'Il est déjà là. C'est pas moi qui doit Le chercher, Il est là depuis toujours, c'est Lui qui me cherche et aimerait me rencontrer, si j'arrive à Lui ouvrir mes yeux et mon coeur. Je dois simplement donner une perspective à mes yeux aveugles, et ouvrir mon coeur à tout et à tous, alors je trouverai une terre sainte dans tout ce qui vit. JE compris ce jour que j'allais découvrir et expérimenter d'autres terres saintes, qui sont complètement incroyables, et différentes de tout ce que je tenais jusqu'à ce jour pour une terre sainte. 2. Se déchausser sur la terre sainte Restaurant « le lion blanc » et JVA Nuremberg. Le premier jour je cherchais la terre sainte dans les églises, lieux que tous, sans réfléchir nous tenons pour saints. Je cherchais Dieu en terre sûre, connue. Mais de là, je fus renvoyé ailleurs, en particulier ne moi-même pour chercher. J'étais curieux de savoir ce que j'allais découvrir les jours suivants. J'ai trouvé deux lieux où personnes ne penserait sérieusement trouver Dieu, les lieux où je pus retirer mes chaussures furent un restaurant et une prison. C'est fou non ! I) Restaurant le Lion Blanc. Attention terre sainte. S'il vous plaît, retirer vos chaussures avant d'entrer. Le mardi 23 août à la prière du matin j'entendis l'Evangile où Jésus envoyait septante deux disciples dans des lieux où des villes. Cet Evangile contient un ordre précis : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N'emportez pas de besace, pas de sandales, et ne saluez personne en chemin. En quelque maison que vous entriez, dites d'abord : « Paix à cette maison », et s'il y a là un fils de paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon elle vous reviendra. Demeurez dans cette maison là mangeant et buvant ce qu'il y aura chez eux : car l'ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. Et en toute ville où vous entrez et où l'on vous accueille mangez ce qu'on vous sert ; guérissez ses malades et dites aux gens : Le royaume de Dieu est tout proche de vous. Mais en quelque ville que vous entriez, si on ne vous accueille pas, sortez sur ces places et dites :Même la poussière de votre ville qui s'est collée sous nos pieds nous l'essuyons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le le royaume de Dieu est tout proche ». (Lc 10, 3-11). De prime abord cette prière ne m'inspira pas trop. Je me dis comme bien souvent qu'à l'époque de Jésus on pouvait faire beaucoup sans argent, et que ce récit vaut pour son époque, celle où l'on pouvait manger dans n'importe quelle maison comme c'était la coutume de l'hospitalité. A cause de cette pensée, je décidais de me mettre en route sans le sou et de voir ce qui m'arriverait. Après quelques heures d'errance dans les rues de Nuremberg, à la recherche de Dieu en moi-même, et dans ma vie je devins fatigué. Je me rendis à Saint Laurent où l'on avait allumé un cierge pour frère Roger de Taizé, et pour me reposer en prière. Mais voilà que tout à coup une faim insatiable me rongeait. Je ne savais pas ce que je devais faire sans le sou. Je voulais prendre le métro pour rentrer manger à l maison. Quand j'arrivai aux portes de la ville une idée me vint sur la parabole de Jésus : Quand vous entrez dans une maison dites d'abord la paix soit avec vous. S'il y a un homme de paix elle reposera sur lui, sinon elle vous reviendra. Restez dans cette maison et mangez et buvez ce que l'on vous offrira. Car l'ouvrier a droit à son salaire. Devant moi se trouvait le restaurant le Lion Blanc. Sans me poser de questions je rentre, une serveuse m'accueille, je lui explique mon problème, elle m'envoie le patron qui me demande ce que je veux. J'explique que je suis avec un groupe de onze personnes dans les rue de Nuremberg à la recherche de Dieu. Je lui explique que je suis sans le sou et que j'ai faim. Je lui demande s'il peut me donner à manger. Sans poser d'autres questions, il me dit : je vais bien trouver quelque chose, prenez place je vais vous servir. C'était une réponse incroyable que je n'attendait pas du tout. Monsieur Zuonko Beric me servit comme un hôte. J'ai mangé et bu dans son restaurant sans avoir d'argent. Si ça c'est pas un miracle ! Après avoir mangé et bu je m'en allais en lui disant : que Dieu bénisse votre travail. Alors que je m'éloignais, je n'en revenais pas, que le commandement de Jésus, je venais de le vivre. Que l'histoire de Jésus est vivable aujourd'hui, si j'ôte mes chaussures de la superficialité, de la fierté, de la richesse, des apparences, pour vivre moi-même ce que je cherche dans tous les domaines de la solidarité humaine. Je cherchais Dieu en lieux sûrs, et il me rencontra dans un restaurant, qui est devenu terre sainte pour moi. C'est ça les exercices spirituels dans la rue. II) JVA de Nuremberg - Dieu en prison Vendredi 26 août était pour moi un jour particulier, parce que j'avais été ordonné prêtre il y a quatre ans. Je voulais passer ce tranquillement en méditation, je voulais confier à Dieu ce que j'avais vécu au cours de ces quatre année, je voulais reméditer le formel de mes voeux, me donner des forces pour la suite de mon chemin de missionnaire de Comboni. Tel était mon programme du matin, parce que l'après-midi, je devais avec sœur Assunta visiter un home pour réfugiés, la plupart des africains. Ça c'était le programme que je m'étais fait le jeudi pour le vendredi. Dans mon petit groupe il y avait Bram, il venait de Hollande, et qui voulait à tout prix visiter une prison. Mercredi 24 il voulait rendre visite à un hollandais qui était en prison, il avait tout essayé mais en vain. Le 25 il avait reçu de Juan un nom d'un certain Frank Leibl parce que l'on ne peut rendre visite qu'à un personne dont on a le nom. Il était content il pouvait enfin y aller, pas de chance pour Bram, le jeudi était un jour où les visites n'étaient pas autorisées. En plus vendredi il devait rentrer en Hollande. Il n'a donc pas pu aller à la prison ; c'est pourquoi le vendredi matin il me mit dans la main le nom de Frank et me dit : «voilà Joseph le nom de Frank, moi je n'ai pas pu lui rendre visite, mais toi peut-être que tu peux le faire... ». Précisément le jour anniversaire de mon ordination comme prêtre, je devrais aller à la prison. Malgré cette pensée je lui dit oui, ça a naturellement bouleversé mon programme prévu. Tout de suite après la prière je me suis mis en route direction la prison. Je ne savais pas qu'il y avait plusieurs entrées, une pour les hommes, une pour les femmes, une pour le mineurs. Je fus bien accueilli par un policière qui remplit les formalités et à la fin me demanda qui je voulais voir. Lorsque je dis Frank, elle m'expliqua que je devais aller ailleurs, à l'entrée des visites pour hommes. Je pus rentrer sans problèmes les portes solidement fermées s'ouvraient si facilement devant moi. Personne ne me demanda si je le connaissais, ou pourquoi je voulais le voir ? Tout fut si facile que je ne me sentais pas vraiment dans une prison. J'arrive dans la salle d'attente et suis excité à l'idée de la rencontre avec ce Frank. Je me demande comment il va réagir à l'idée que quelqu'un lui rende visite, qu'il ne connaît pas, qui est noir et qui ne s'est pas annoncé. Soudain je pris peur. Il y avait là des gens des parents, des amis, qui rendaient visite à des connaissances, mais je ne pouvais pas leur parler, j'étais terrorisé à l'idée de la rencontre avec Frank. Tous passaient avant moi, même ceux qui étaient arrivés après. Cette attente me rendait fou. Heureusement, arrive une belle fille noire. Je lui demande de quelle région elle venait en Afrique ; elle me répondit qu'elle était américaine et rendait visite à son frère. On commençait à parler lorsque je fus appelé. Frank était là et m'attendait. J'entre dans la pièce, regarde qui est seul et m'approche et demande s'il s'appelle Frank il répondit oui. Je me présente. Il est choqué, il n'arrive pas à le croire. Notre rencontre fut un choc pour moi aussi. Il ne pouvait pas s'imaginer recevoir une visite en plus d'un noir. Il n'y arrivait pas, et remarqua que les mots me manquaient pour lui expliquer à la suite de quelles circonstances, je suis venu lui rendre visite. Il me répondit qu'il attendait soit sa copine, soit son ex-femme avec sa fille. Nous restons de longues minutes silencieux c'est si dur pour moi de le questionner. J'étais devant lui sans parole. Après quelques minutes, me vint l'idée de demander ce qui pour lui était le plus important pour un homme en prison. Il répondit : l'Amour. Parce que pour lui ce qui lui donne la force, c'est l'amour de sa nouvelle copine, ça lui donne la force pour tenir les huit mois qu'il lui restent à tirer. Il me dit que quand il sortirait il voudrait apprendre à aimer. Là encore je reste sans voix. Que puis-je rajouter si en prison, avec un prisonnier je parle d'amour pas de haine. Il me demanda une cigarette, mais dans ma précipitation, du départ j'avais oublié la pièce d'un euro. Ça m'a fait beaucoup de peine de ne même pas pouvoir lui offrir une cigarette. Il me prit les mains et dit : « ça ne fait rien ! ». Avant de partir je voulais lui demander s'il pouvait recevoir de la visite, il dit : une fois par mois. Comme j'étais là en août, je ne pourrais revenir qu'en septembre. Soudain, l'heure sonne il me faut quitter Frank et retourner à la prétendue liberté, et laisser Frank dans sa cellule. Quand je fus dehors un sentiment indescriptible m'envahit. Je dois écrire une lettre à Frank. Le point central de cette lettre serait la question que je ne pus pas lui poser, après qu'il ait parlé de l'Amour. J'écrivis:
Oui, c'est le miracle de mes exercices. Que l'on parle d'amour là où les débris humains sont jetés comme dans une poubelle, où d'après moi on ne peut qu'éprouver de la haine dans le coeur de l'être humain. L'envie d'apprendre à aimer, dis-moi si c'est pas de l'Évangile de Jésus çà ; si c'est pas un résumé des vertus théologiques : foi, espérance, et amour. Oui, dis-moi si la rencontre avec Frank, ou la JVA de Nuremberg ne sont pas devenu des lieux saints pour moi où j'ai enlevé les chaussures des préjugés, des jugements de valeur portés sur ses semblables. J'écrivis à Frank:
C'était un peu de mes exercices, mais bien sûr pas tout. Je pourrais écrire une livre sur ce que j'ai vécu. Finalement, je voudrais dire Merci. Remercier Alois, Andrea, Birgit, Bram, Brigitte, Jutta, Klarissa, Laura, Maria-Anna, Susanne, Christian, Juan, Renate, Urban et Veronika. Avec eux j'ai fait cette expérience unique et formidable. Ils savent que j'ai besoin de leurs mains pour que je grandisse toujours en vrai et authentique serviteur de Dieu. Joseph Mumbere Musanga
EXERCICE DANS LA RUE - C'EST FOU ! ! ! !Eh bien, je suis assise là, et n'ai pas la moindre idée par où commencer. Tout comme les compagnons d'Emmaüs mon coeur brûle, je le supporte à peine. C'est pour cela que j'écris bien que cela ne soit pas mon fort. Si je réfléchis, ces exercices ont en fait commencé en 2000 ; c'est alors que j'entendis en parler pour la première fois par Juan. J'étais curieuse et intéressée, mais lui ai dit qu'il n'en était pas question pour moi. On ne doit jamais dire jamais. Quand je lui ai dit en juin que je m'étais inscrite il répondit : « je savais que tu viendrais ». (Il semble que les autres me connaissent mieux que moi !). C'est ainsi que tout commença. J'étais curieuse d'entendre les récits d'Alexandre qui participait il y a deux ans, et de même Gabriela a accru ma curiosité. Elle est même venue à la maison pour me faire de la publicité. On verra bien, telle fut ma réponse. Ce que Dieu veut, Dieu le voulait ! Soudain les dates jouaient et j'avais assez de vacances pour ce faire, donc je me suis inscrite. Bien sûr non sans m'être encore une fois assurée auprès d'Andrea que c'était bien pour moi. A ma question vint une prompte réponse qui m'a facilité la décision : Tu peux tout, mais ne dois rien. (Ouais aux discussion en petit groupe on peut selon nos possibilités seulement être présent). Ce qui m'a encore impressionnée c'est que tout vient comme ça se présente. Rien n'est jugé en valeur, rien n'est impie, mais tout est simple. Je ne peux que te recommander ces exercices de rue ; du peu que je te connaisse, je suis sûre que c'est bon pour toi. Dès ce moment tout fut ok pour moi. Certes j'avais peur de mon manque de courage, j'irai à Nuremberg avec peur et absolue incertitude, mais dans cet état d'esprit d'ouverture à me laisser guider par tout ce que Dieu m'offrirait au cours de ces jours. Et Dieu m'a tellement donné que je n'en peux plus- les autres aussi- il n'y avait pour nous qu'un mot c'était : fou, fou, fou, et encore fou ! Il y aurait tellement à raconter, que j'écrirais facilement un livre, mais je vais me contenter du plus nécessaire. Un des premiers soirs, lors de l'échange en petit groupe, Andrea, la plus jeune du groupe me donna ce vœux de « libération » sur le chemin. Comme mon nom : « Dieu qui veut être près de moi ». Un nom né de mes aspirations. A un certain moment je l'ai changé en « Dieu qui m'est proche et qui me donne espoir ». Avec libération je ne pouvais pas en faire grand-chose, mais quand même ça m'a occupée. Mardi lors d'un dialogue de la réconciliation avec Christian ce dernier me suggéra de partir, si possible sans argent, sans savoir où je devais aller. Je préparais mon sac à dos. D'abord un peu d'eau et ensuite je me dis au cas ou j'aurais faim je prends un petit pain. Tout à coup j'eus un flash, du pain et de l'eau ça signifie pour moi : La prison. Comme je suis sans sens de l'orientation, je demandais de l'aide à Juan. Là j'avais un coup de chance, la prison est juste devant la maison. Il m'a tout expliqué, puis m'a prise par le bras et dit : « Brigitte, suis ton propre chemin ». Je suis donc partie sans vraiment savoir ce que je devais faire. Je compris pourtant vite à la vue de ces murs de l'exclusion. Tout ce qui me reste à faire, c'est de tourner sans cesse autour de la prison, longer le mur sans cesse pour mieux sentir ce que ressentent ceux qui sont à l'intérieur, contenus dans cet espace limité. Bon je commence à marcher, tourner en rond, devant les caméras de surveillance, les collaborateurs... un très long moment. Au cours de ces rondes, je passe devant une sortie direction Pegnitz. La porte s'ouvre, une voiture de police sort. D'abord je ne voulus pas regarder, puis je me suis redressée et l'ai fixée des yeux. Derrière était assis un homme qui me regarda droit le visage et me sourit. Je lui retournai son sourire, ensuite tout devint clair pour moi, ici pour la première fois je déchausse, c'est une terre sainte. Avec cette certitude, j'ai encore poursuivis mes rondes jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Finalement je me suis arrêtée droit devant la caméra de surveillance et ai prié un notre Père. J'ai ensuite retiré mes chaussure et mes chaussettes tout lentement, et m'en suis allée, pieds nus, finalement prudemment, et suivie longuement par la caméra. C'est fou ! Le jour suivant me tira de nouveau vers la prison. Je me suis assise et ai fixé une fenêtre avec ses barreaux. Là-bas je pouvais voir quelqu'un. Il me vint à l'idée que c'était un être humain, pas un prisonnier, pas un bandit, non un être humain. Ici je déchaussai encore, je retirai les souliers de l'inégalité. Oui, nous sommes tous des êtres humains, égaux, quelle que soit notre parcours de vie. Lorsque je dia à la mise en commun du soir que je n'avais pas encore dormis à cause de douleurs depuis que je suis à Nuremberg, que ce matin mes menottes me faisaient mal, Christian attira mon attention sur le fait que ce n'était peut-être pas le mauvais lit, mais peut-être tout ce que je pourrais porter de culpabilité. Je ne l'ai pas cru ! Pourtant la nuit suivante, ça me sautait aux yeux, que cette obsession de vouloir visiter la prison avait directement à voir avec moi-même. Avec mes prisons intérieures, mes menottes, je compris combien j'étais personnellement prisonnière. Mes soucis, mes peurs, c'est fou ! A partir de cette nuit, mes douleurs semblaient être dégonflées, parties, simplement comme ça. C'est fou ! Maintenant je sentais cette sécurité en moi, que je ne dois plus sortir, car je suis en moi-même, toujours. Ainsi suis-je donc retournée une dernière fois à la prison pour prendre congé. Ma place était naturellement à Pegnitz, surtout au moulin à eau. Là-bas j'y ai plus que souvent déchaussé. En remerciement pour la création divine, pour les gens qui m'ont aimé au cours de ces jours et accompagnée. Pourtant, je n'étais pas encore complètement libre, pas non plus malheureuse. Ma libération arriva à l'improviste, dans la simplicité, par Andrea, qui m'avait souhaité la « libération » au début. Christian nous avait rendu attentifs au début qu'il y avait un lien entre nous, une similitude, je ne pouvais pas le comprendre ! Après le petit déjeuné de vendredi je suis restée assise un moment avec Andrea. Elle raconta sur elle, et soudain je pus parler avec une absolue légèreté et normalité, sur ce qui restait enfermé dans mon coeur, sur ce qui me coupa parfois le souffle au cours de ces dernières années, oui, pris jusqu'à ma joie de vivre. C'était si simple ! C'est fou ! Les parallèles entre Andrea et moi sont effectivement là. Christian avait encore vu juste, c'est fou ! Bon, je pris vraiment conscience du tout lors de la prière du matin qui suivit. Là ça m'a attrapée, j'ai tremblé, et pleuré, pleuré, et pleuré. Je ne pouvais regarder personne, seulement donner la main à Christian. Je ne sais combien de temps je suis restée assise, c'est peu important, seulement l'image que j'ai vu quand j'ai ouvert les yeux, je ne l'oublierai plus pour toute ma vie. Il y avait là assise Andrea, qui m'avait prise dans ses bras, et quelques personnes toutes aimables de ces exercices qui se tenaient par la main. Cette communion était incroyable, c'était fou ! Après ce jour j'allais subitement bien, et fut conduite toujours plus loin par Dieu. Presque rien à saisir ou à tenir. Par des réponses aux questions sans réponses, comme les cadeaux de ses rires, avant tout avec Laura. C'est fou ! Il a encore fait, que malgré de grosses difficultés en moi-même, j'ai posé mes souliers devant moi. C'est fou ! Je voudrais finir par les paroles du psaume 139 avec lesquelles je fus réveillée le dernier jour : « Derrière et devant tu m'enserres, tu as mis ta main sur moi, merveille de science qui me dépasse, hauteur où je ne puis atteindre ». Brigitte Reeb Ces textes ont été traduits par :
RENCONTRER DIEU DANS LA RUEBeaucoup font des retraites dans un monastère. Alors que le jésuite Christian Herwartz invite à faire des exercices spirituels dans les rues de Berlin, et tout Kreuzberg devient une « terre sainte », les sans abris et les réfugiés deviennent des prophètes. Un appartement au milieu de Berlin-Kreuzberg ; c’est ici que vit le père jésuite Christian Herwartz avec un confrère dans une petite communauté. « A vrai dire, nous ne sommes jamais que deux » explique-t-il, « ici vivent toujours beaucoup de gens dans nos quatre pièces ». Ce n’est pas un hasard si dans la chambre à coucher, à part son propre lit il y en a encore six autres : hébergement pour sans logis, alcooliques, repris de justice, réfugiés, toxicodépendants, des êtres humains qui ne savent plus où aller. « Cela fait vingt-cinq ans que je suis à Berlin » raconte Christian Herwartz, qui fit son noviciat à Münster chez les jésuites en 1969, et qui étudia par la suite, le théologie et la philosophie. Selon une idée des jésuites il a travaillé à côté comme chauffeur, déménageur, tourneur, longtemps également en France. « Je sais ce que cela signifie être travailleur sur appel » se souvient-il. Pendant vingt ans il travailla avec des gens de toutes nationalités dans l’industrie électrique à Berlin, et a ainsi connu les histoires derrière les visages. Kreutzberg résume le père jésuite est « une jungle de grande ville, une maison turbulente et colorée ».
Logement dans la cave C’est dans cette soi-disant idylle il y a quelques années, qu’un jeune confrère de Francfort voulait faire ses exercices de consécration : exercices qui sont sensés apporter la lumière pour savoir s’il était appelé à la prêtrise ou non. Il ne voulait pas les faire dans monde sain, mais dans le quotidien de la ville, chercher des lieux saints, et surtout Dieu ! La rencontre avec les gens avait tellement remué le jeune homme qu’il dit au père Christian Herwartz : « en eux j’ai découvert la présence de Dieu, maintenant je sais pourquoi je me consacre ! ». Comme deux autres prêtres firent la même expérience, et en parlèrent le soir au père Christian et aux hôtes présents ; l’idée naquit d’offrir des rencontres avec Dieu à ceux qui le cherchent. « En été 2000 nous avons donc ouvert l’invitation aux exercices de rue pour la première fois ». Le concept de l’époque reste en vigueur aujourd’hui encore. Les participants viennent à Berlin pour dix jours et logent à la cure de la paroisse Saint Michel dans le quartier de Kreuzberg. Nous avons une cave à disposition, qui sert en hiver, pendant plusieurs mois de logement de secours aux sans abris, elle offre un logement rudimentaire avec matelas et petite cuisine. C’est là que débutent et finissent les exercices pour les participants. Entre la prière du matin, le petit déjeuner et la messe, suivie du repas et de la mise en commun des expériences le soir, chacun suit son chemin dans les rues de Berlin, sur le chemin de sa vie. Certains utilisent les transports publics, d’autres vont jusqu’où leurs pieds les mènent.
Aller jusqu’où les pieds nous portent Un des participants a fait presque tous les chemins pieds nus. Prenant ainsi à la lettre l’histoire du buisson ardent que le père Christian raconte au début de chaque exercices. Dans cette histoire, Moïse au beau milieu de son quotidien est secrètement interpellé par une apparition qui le fascine et le trouble. « Heureusement que Moïse ne s’est pas éloigné ! ». Le jésuite interprète ainsi l’Ecriture, « au contraire il est resté » ; Moïse obéit à Dieu qui veut parler avec son prophète, et qui formule ensuite une condition à laquelle Moïse doit se soumettre. « Tu es sur une terre sainte » dit Dieu à Moïse, c’est pourquoi il doit se déchausser. Un signe étonnant. Mais le directeur des exercices explique ce que signifie se déchausser. « Cela veut dire entrer dans la réalité, arrêter de fuir, de passer par-dessus les autres, enlever les chaussures de la puissance, du mieux-être, du meilleur savoir, pour devenir des enfants du bon Dieu et des frères et sœurs dans la famille humaine. Le jeune homme qui marcha pieds nus sembla le faire sans peine. D’autres se sont fait mal, ont mis plusieurs jours à se laisser conduire, là où ils n’arrivaient pas dans la réalité, mais aussi souvent dans le sens transportés. «Le buisson c’est d’abord quelque chose de pas simple, de pas beau » se souvient un participant. « Quelque chose qui peut faire mal, ou vers quoi on a pas envie de s’attarder ». « Tout le monde a peur à certains endroits ». Certains ne peuvent s’approcher que lentement d’un groupe de drogués dit Christian Herwartz. « Mais s’il reste, il commence à délasser ses chaussures, il entre dans le lieu de méditation dirait le fondateur de l’ordre Ignace. Ses peurs sont certes là, mais il devient plus tranquille et curieux de voir comment Dieu va l’interpeller. S’il a réussi à ouvrir son coeur, il reviendra, ou bien à l’aide d’un passage biblique, il reconsidérera l’histoire quelque part ailleurs ».
Une liste de lieux saints Certains participant(e)s mettent du temps à trouver leur lieu, d’autres savent tout de suite où Dieu va les envoyer. Celui qui n’a aucune idée où aller reçoit de Herwartz une liste de « lieux saints » à Berlin. Il s’agit de soupes populaires, du bureau du travail, de divers prisons, de lieux chauds, d’hôpitaux. Un homme arrive dans la division des prématurés d’une maternité. Il pleure soudain alors que revient à la surface une longue histoire, un épisode de sa propre vie de plusieurs années. Cet homme apprend au cours de ces jours à faire la paix avec lui-même. Une femme découvre en méditant combien il lui est difficile de se séparer de son enfant, de plus de trente ans. Un prêtre de soixante ans en découvre enfin un partenaire pour dialoguer en partageant un morceau de pain avec un sans abris qui le comprend véritablement. Ils philosophent les deux autour d’un carton de pizza vide, sur Dieu et le monde. En été des dates fixes sont proposées pour des exercices de groupes, cependant, toute au long de l’année des personnes seules peuvent venir à Kreuzberg et parcourir les rue de Berlin peut être spécialement en ces temps avant Noël. « Dieu nous attend là où nous ne l’attendons pas ». Dit Christian Herwartz. Ce fut autrefois dans une étable, et peut être aujourd’hui dans les rue de Kreuzberg. C’est pour cela que les sans abris, les repris de justice, et les dépendants de toutes sortes sont des messagers de Dieu, et des aides pour l’humanité. Paru dans Eglise et Vie décanat Münster Traduction: |